A Stepanakert, dans la capitale, nous avons vu des familles entières quitter la ville avec quelques bagages, fuyant les bombardements incessants. Hôpitaux, écoles, infrastructures et habitations civiles ont été visés : les drones israéliens et turques ont frappé des lieux sans rapport avec la guerre. Selon des députés de l’Artsakh, près de 200 civils incluant de jeunes enfants ont été tués.
Sur les routes, nous avons croisé des véhicules incendiés, parfois civils, victimes des frappes ennemies. Dans les zones désormais sous contrôle azéri, les maisons abandonnées étaient souvent brûlées par leurs propres occupants arméniens, refusant de les laisser aux nouveaux envahisseurs.
Partout, des veuves, des orphelins, des familles détruites. Leurs regards vides restent parmi les souvenirs les plus douloureux de cette mission.
Nous nous sommes rendus au monastère millénaire de Dadivank. Malgré la menace d’un transfert du site sous contrôle azéri, les prêtres, dont le père Hovhannes Hovhannesyan, refusent de quitter les lieux. Leur courage, soutenu par la présence de soldats russes protégeant ce patrimoine, témoigne de la force d’âme de l’Église arménienne. La question reste entière : pourquoi un pays musulman cherche-t-il à s’emparer d’un joyau de la chrétienté, sinon pour le détruire ?
À Latchin, nous avons aidé les dernières familles arméniennes à quitter leurs maisons avant l’arrivée des troupes azéries. L’une d’elles a été transférée à Goris et placée dans un centre de réfugiés. L’armée russe contrôle désormais le corridor reliant l’Arménie à Stepanakert, un passage vital mais menacé.
Politiquement, l’Arménie traverse une crise majeure. Beaucoup comparent la situation à celle de la France en 1940 : une population en exode, une armée dépassée, des dirigeants corrompus et un Occident indifférent. Les Arméniens se sentent abandonnés, alors même que leur survie et leur patrimoine chrétien millénaire sont en jeu.
Durant cette mission, nous avons apporté une aide matérielle (médicaments, couvertures, colis alimentaires, équipements) mais aussi une présence fraternelle.
Nous voulions dire à nos frères et sœurs d’Arménie : « Vous n’êtes pas oubliés. »
Nous remercions chaleureusement tous nos donateurs, bénévoles et amis pour leur engagement remarquable dans ces temps de crise.
Sur le chemin entre Goris et Stepanakert, le corridor de Latchin se révèle sous un contrôle militaire total : véhicules, chars et soldats russes jalonnent la route, tandis que des checkpoints se succèdent à intervalles réguliers. Cette présence massive témoigne de la fragilité de la région et de la vigilance constante imposée aux habitants comme aux voyageurs.
À Stepanakert, la capitale de l’Artsakh, le constat est dramatique. Après une défaite meurtrière et l’abandon quasi total par la communauté internationale, les Arméniens de la République d’Artsakh affrontent une situation humanitaire et économique catastrophique. Reliés à l’Arménie uniquement par le corridor de Latchin et sous la menace constante des provocations azeries, ils sont en négociation avec l’armée russe pour obtenir un nouvel accès au nord du pays.
Pour renforcer l’action humanitaire, nous avons rencontré Vitaly Balasanyan, chef du Conseil de défense de la République indépendante d’Artsakh. Un petit partenariat a été signé, permettant l’envoi de couvertures, de radiateurs et de matériel divers, essentiels pour les habitants. Notre ONG figure parmi les rares à mobiliser des volontaires jusqu’à Stepanakert pour soutenir la population tant matériellement que moralement.
Nous avons ainsi apporté une centaine de radiateurs électriques pour aider les réfugiés à affronter l’hiver rigoureux. Alors que les températures descendent en dessous de -10 °C, des familles entières, ayant tout perdu logement, proches, travail se retrouvent dans des bâtiments vétustes datant de l’époque soviétique. À l’intérieur, rien n’est aménagé pour la vie quotidienne et le froid se fait cruellement sentir. Dans les prochains jours, nous irons à la rencontre de ces familles en compagnie des députés de la République d’Artsakh afin d’évaluer leurs besoins et d’ajuster notre soutien.
Après évaluation des besoins, nous avons promis de revenir dans une semaine avec une centaine de couettes et de radiateurs électriques pour les familles réfugiées. Malheureusement, à notre retour, le checkpoint arménien avait disparu, remplacé par un poste russe. Sans papier officiel, l’accès nous a été refusé. Sans autorisation préalable, il est désormais impossible pour une ONG étrangère de se rendre à Stepanakert. Notre chauffeur a alors pris l’initiative de distribuer le matériel pour nous. Couettes et radiateurs ont ainsi été remis à plus d’une centaine de familles réfugiées, notamment originaires de Hadrout et de Chouchi.
Cette mission en Artsakh illustre la complexité humanitaire et géopolitique de la région. Entre isolement, surveillance militaire et urgence humanitaire, les habitants demeurent dignes et résilients malgré les épreuves.
Notre action, bien que limitée par les contraintes sécuritaires, montre l’importance de la présence directe et du soutien matériel et moral. La situation reste critique, mais chaque couverture et chaque radiateur distribués constitue un réconfort tangible pour ces familles, et rappelle que la solidarité internationale, même restreinte, peut avoir un impact réel dans des conditions extrêmes.